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Le soir du 9 novembre 1989, le mur qui séparait Berlin en deux depuis 28 ans s'effondrait. La réunification allemande allait suivre, ainsi que le démantèlement du bloc sovietique. Érigé en 1961, le mur devait empêcher la fuite croissante des Ossies - les Allemands de l'Est - vers l'Ouest et sauver ainsi le développement économique de la RDA
Le mur devint très vite le symbole de la guerre froide qui divisait alors le monde.
A l'aide de ces documents que j'ai choisi de publier, revivez l'histoire, partez à la rencontre de ceux qui ont vécu l'ouverture du rideau de fer!

Le premier reportage montre une série d'images du Mur cette nuit-là, sans commentaires journalistiques, sur lesquelles on voit la foule en liesse, fêtant le démantèlement du Mur.


Reportage sur la chute du Mur

Le deuxième reportage est un interview à Enki Bilal, un réalisateur, dessinateur et scénariste de bande dessinée français. Il nous livre ses sentiments partagés lors de la chute du mur de Berlin. Pour aider votre compréhension, voici la transcription du reportage:

Enki Bilal, réalisateur, dessinateur et scénariste de bande dessinée français

Je ne me souviens pas de ce que je faisais mais je me souviens de l'information, des premières images, de ce que... qui sont passées donc à la télévision. Et d'abord, effet de surprise, assez… assez, assez énorme, parce que le bloc de l'Est avait vacillé, avait commencé à vaciller depuis pas mal de temps. Mais de là à ce qu'il tombe aussi vite. Enfin, à ce moment-là en tout cas, ça m'a totalement surpris, cueilli même, comme la plupart des observateurs. Et puis alors, je me souviens vraiment des images : le Mur qui commence à s'effondrer comme ça ; des hommes, des femmes, des jeunes qui cassent le Mur et je me souviens de l'image de Rostropovitch, le violoncelliste, assis comme ça au milieu des décombres, du Mur effondré, en train de jouer du violoncelle, très émouvant, enfin très prenant. Et puis cette image émouvante comme ça, j'me suis dit... mais cette image-là, elle est.., c'est une... comment dire... c'est une... y'a une naïveté dans cette image, y'a une naïveté dans cette joie tout d'un coup. Et j'ai commencé à m'imaginer un monde qui ne serait pas si rose qu'on l'imagine, parce que quand on sépare finalement deux ennemis, quand on perd son meilleur ennemi, il faut en trouver un autre d'ennemi. C'est pas possible. J'veux dire, le monde fonctionne par bipolarité, affrontement, manichéisme, et très rapidement j'ai pensé que l'ennemi du capitalisme triomphant, serait religieux.

Et effectivement quelque temps plus tard, on a vu arriver le talibanisme, etc. Mais en tout cas, c'est cette image à la fois porteuse d'espoir et en même temps très très inquiétante. Donc, je garde l'image, d'une image inquiétante, le souvenir d'une image inquiétante alors que c'était a priori la joie.

Interview à Enki Bilal

Mödlareuth est une ville divisée par le Mur. Aujourd'hui, le Mur est toujours là, il a été préservé. Des milliers de touristes viennent le voir chaque année. Il est devenu le témoin de cette époque.

Voix off

À Mödlareuth, rien n'a vraiment changé. Le Mur est toujours là. Il divise toujours cette petite ville en deux, comme avant 1989, sauf qu'aujourd'hui, cette séparation est volontaire.

Habitant de Mödlareuth

On a préservé ce bout du mur comme un document qui montre ce qui se passe quand il n'y a pas de liberté dans un régime.

Mödlareuth ne compte qu'une cinquantaine d'habitants. Mais chaque année, entre 50 et 60 000 personnes viennent la visiter, essentiellement des Allemands de l'Est. C'est le cas de Robert Korff. Il est venu avec toute sa famille. Lui, il sait ce que ça voulait dire vivre du mauvais côté, mais ce n'est pas le cas de tous.

Robert Korff

Les jeunes ne peuvent pas s'imaginer comment c'était. Ça, on le voit déjà chez nos enfants qui se disent "bah, si vous ne pouviez pas voyager ce n'était pas si grave". Ça, ce n'est pas bien évidemment.

Voix off

Les touristes de l'Ouest, eux, viennent pour comprendre, car souvent ils n'avaient aucune idée de ce qui se passait de l'autre côté.

Touriste de l'Allemagne de l'Ouest

Nous, on n'a pas vraiment réalisé cela. On était trop loin de la frontière.

Voix off

Martina Gerbner, elle, a passé toute sa jeunesse du côté Est de Mödlareuth et elle aime toujours venir regarder ce mur.

Martina Gerbner

C'est beau maintenant. Avant pour nous le monde s'arrêtait là. Et maintenant on peut aller de l'autre côté. Avant, tout était interdit. Si on voulait aller dans la forêt ou même dans les prés, il fallait faire une demande.

Aujourd'hui à Mödlareuth le mur ne divise plus. Il est devenu le témoin d'une époque pas si lointaine que cela.

Modlareuth, une ville pas comme les autres

Enfin, une galérie de photos sur la ville de Berlin aujourd'hui et une vidéo qui nous parle de sa transformation

Galérie de photos

Voix off

Quand il revient à Prenzlauer Berg, Donald Went ne reconnaît plus grand-chose. Ce quartier de Berlin Est où il a passé son enfance s'est véritablement métamorphosé. On est très loin du quartier pauvre de l'époque.  

Donald Went

C'est très difficile de trouver d'anciennes façades, car tout a été modernisé depuis la chute du Mur en 89. Peut-être qu'on trouve encore cinq maisons comme ça, ce n'est pas beaucoup car il y a quand même 180 000 personnes qui habitent ici.  

Voix off

À l'époque, Prenzlauer Berg était un quartier où habitaient essentiellement des ouvriers. Les appartements n'avaient ni toilettes, ni salles de bain individuelles. Aujourd'hui ce quartier est un des plus chic de la capitale. C'est l'eldorado des branchés et des jeunes couples. Ici, le nombre de poussettes au kilomètre carré est impressionnant.  

Personne interviewée

Le quartier a complètement changé, il y a surtout des jeunes. À l'époque c'était plus mélangé et il y avait plus de gens âgés. Les vieux sont morts ou on les a expulsés à cause des loyers. Les loyers ont fort augmenté ici.  

Voix off

Les vieux ont donc laissé la place à des jeunes, comme Ludwig Hengel. Il travaille chez Daimler-Benz, il joue de la musique et pour lui, qui est né à l'Ouest, s'installer à Berlin Est, c'était une évidence.  

Ludwig Hengel

Directement après l'école, je me suis demandé où je voulais étudier, et la chose la plus évidente pour moi c'était de déménager dans la ville la plus attrayante qui s'offrait à moi, et ça, c'était Berlin Est.  

Voix off

Bien sûr, tous les quartiers de Berlin Est ne sont pas devenus « trendy » comme Prenzlauer Berg. On trouve encore beaucoup d'anciens immeubles de l'époque communiste ; mais petit à petit, on a l'impression que toutes les traces de cette époque sont en train de disparaître. Le Palais du peuple a été rasé. Il était loin d'être un chef-d'œuvre, mais il était le témoin d'une époque. Alors, dans toutes ces transformations, on peut se demander si la partie Est n'est pas en train de perdre son âme.  

Femme interviewée

C'est sans doute irritant pour les étrangers, mais Berlin est une ville qui a toujours été en changement. C'est une caractéristique de la ville. Je dirais même que ces changements continus, c'est l'essence de Berlin.  

Voix off 

Jamais pourtant une capitale européenne n'a subi autant de transformations en aussi peu de temps, et c'est loin d'être fini.

Berlin-Est se fait ravaler la façade
Tag(s) : #Actualité